C’est avec beaucoup d’engouement et de curiosité que je suis montée à bord d’Adelaar pour une croisière dans le légendaire parc national de Komodo. C’était ma toute première fois à bord d’un « liveaboard ». A vrai dire, je n’avais jamais passé plus de quelques heures sur un bateau auparavant. Et comme toutes les premières fois, ma première expérience en mer se devait d’être mémorable…

Je suis allée de surprise en surprise et j’ai vécu tellement de moments extraordinaires que je suis incapable de les compter. Ces 10 jours ont été chargés en émotions et comptent sans aucun doute parmi les plus beaux de ma vie.

Laissez-moi vous transporter dans cet incroyable voyage…

Volcan Sangeang, Indonésie

Levez l’ancre !

Avant de vous raconter mon périple, il me faut d’abord préciser une chose : j’ai le mal de mer, et oui ! Pourquoi envisager de partir en croisière, vous demandez-vous ? Disons que j’aime vivre dangereusement. C’est tout de même l’estomac noué que j’embarque sur Adelaar. L’équipage nous attend sur le pont, leur accueil chaleureux et les sourires que nous échangeons me rassurent instantanément. Je dépose mes bagages dans ce qui sera mon chez-moi pour les 10 prochains jours, la luxueuse & douillette Cabine 3. Ensuite, les 6 passagers se rassemblent sur le pont pour voir le bateau quitter le port.

Les briefings feront bientôt partie de notre routine quotidienne, mais le premier, donné par le responsable de croisière, est particulier. Nous en apprenons plus sur la fascinante histoire du bateau et sur ce qui nous attend durant le séjour. Je peux lire l’excitation sur le visage de mes compagnons de voyage, tous impatients de naviguer à travers l’archipel indonésien.

Pendant les premières heures de la traversée, je surmonte le mal de mer. Bon, je dois bien l’admettre, le cachet bleu a quelque peu aidé… Si vous connaissez ce médicament, vous savez qu’il fait des merveilles. Il fonctionne si bien que dès que vous l’avalez, le sommeil vous prend de court ! Me voilà, tentant de lutter contre la fatigue et de garder les yeux ouverts sous le regard amusé des autres voyageurs, mais rien n’y fait ! Quand je me réveille enfin, les silhouettes des volcans de Bali ne sont plus que de petits points à l’horizon. Heureusement, la sieste m’a requinquée, je suis plus impatiente que jamais de poursuivre le voyage. Dorénavant, je change ma stratégie et je décide de ne prendre un cachet que le soir avant d’aller me coucher.

Chacun de mes mouvements sur le bateau devient une aventure. Ma douche matinale par exemple, se transforme en exercice d’équilibre. Ou encore les 50 pas de ma cabine jusqu’au pont qui me demandent maintenant un haut niveau de concentration. J’essaie alors d’adopter l’aisance des membres de l’équipage et, très vite, tout devient naturel pour moi aussi. Plus le temps passe à bord de ce vaisseau historique, plus l’expérience est appréciable.

A l’eau

En vérité, après quelques jours, la vie en mer est même assez stimulante. Peut-être est-ce le vent marin qui me donne cette impression de toute puissance, mais une chose est sûre, je suis déterminée à me dépasser dans ce pourquoi nous sommes là: la plongée !

Afin de pouvoir me joindre au voyage et l’apprécier au maximum, j’ai souhaité passer ma certification Open Water avant le début de la croisière. Moi qui m’imaginais être dotée d’une aisance naturelle dans l’eau, j’étais en réalité loin d’être la petite sirène. La plongée exige de la patience, de la maîtrise et beaucoup de passion.
Par chance, sur le bateau, je suis entourée d’amoureux de la mer au côté desquels je me sens en sécurité sous l’eau. Alors que les jours passent, je parviens à maîtriser mes peurs et à profiter de l’instant, un peu plus intensément à chaque nouvelle plongée. Aujourd’hui, je ne peux qu’imaginer ce que ressentent les plongeurs expérimentés. J’espère qu’un jour, je ferai aussi partie de ceux qui partent explorer les fonds marins des 7 continents.

Une plongée dont je me rappellerai toujours ? Ma première plongée de nuit sur une épave de bateau de pêcheur en bois près de Komodo. Je n’y suis pourtant pas partie sereine, et pour cause : les seules choses que j’aperçois durant les premières minutes sont les torches des autres plongeurs qui pointent vers les abysses. Dès que nous atteignons les 12 mètres de profondeur et que l’on distingue l’épave, tout devient finalement fabuleux. On aperçoit beaucoup de petites créatures et de coraux accrochés à la coque de l’épave. On ne sait jamais ce qu’on va voir au bout de notre lumière, c’est ce qui rend l’expérience excitante.

Quand nous remontons à la surface, j’expulse mon régulateur, trop impatiente de partager mon ressenti avec les autres. Tout ça pour entendre qu’ils se sont « ennuyés » pendant 45 minutes, et, je cite « regardaient l’ordinateur en attendant la fin ».  Evidemment, je suis déçue que personne ne partage mon enthousiasme, mais tout de même heureuse d’avoir pu apprécier la plongée. J’imagine que c’est la magie des nouvelles choses, tout est décuplé. Plus tard, j’ai appris que mes camarades avaient déjà fait des plongées de nuit si étonnantes, que celle-ci ne faisait ironiquement partie que des « bonnes ».

A l’inverse, certaines expériences vous terrifieront la première fois. Parmi elles, celles qui commencent par « Et si on sautait du bateau ? ». Quelques minutes plus tard, je me tiens debout sur la flèche du voilier, mes jambes tremblent et mon cœur tambourine dans ma poitrine. Avec les encouragements des autres, il me faut une dizaine de minutes pour enfin sauter. Après ce premier saut, tout le monde se précipite sur le toit de la salle de navigation pour un défi d’une plus grande envergure. Cette fois, impossible de sauter… J’ai donc bien l’intention de m’en servir comme d’un prétexte pour monter une nouvelle fois à bord d’Adelaar. Pourquoi pas pour découvrir l’archipel d’Alor cette fois ?

Jour 3. Nous voilà arrivés dans le parc national de Komodo. Le soleil brille et ses rayons se reflètent sur une magnifique eau turquoise.

Le paradis sur terre

Après quelques jours passés à explorer les îles du parc, je pense avoir vu toutes ses merveilles, persuadée qu’il est impossible de faire mieux. Pourtant, chaque jour est encore plus extraordinaire que le précédent ! D’ailleurs, la journée qui commence va surpasser toutes mes attentes.

Ce matin, il nous faut d’abord prendre des forces pour le trek à travers la jungle où nous croiserons les lézards géants qui font la réputation du parc : les mythiques dragons de Komodo. Le deuxième petit-déjeuner de Pippin, ça vous dit quelque chose ? Et bien les chefs d’Adelaar en ont certainement entendu parler. Tous les jours, on débute la matinée avec un « small breakfast », suivi par un « big breakfast » quelques heures plus tard. Le mien ? Une combinaison de pancakes, de yaourt maison, d’une délicieuse tranche de « banana bread » et enfin, d’œufs brouillés accompagnés de bacon. En plus, tout ce qui m’est servi est gluten-free puisque je suis cœliaque. C’est dire à quel point le service est personnalisé !

Entre ces repas dignes d’un roi, nous plongeons sur le site de Pink Beach. Cette plongée occupera toujours une place particulière dans mon cœur car à mi-parcours, j’aperçois ma toute première tortue. Je l’attendais avec impatience car depuis que je suis enfant, j’ai un amour inconditionnel pour les tortues. Plus tard dans la journée, nous décidons de prendre nos masques et tubas et de partir à la découverte des eaux peu profondes de la baie dans laquelle nous sommes amarrés. Nous croisons le chemin d’une raie léopard qui nage élégamment au-dessus des coraux colorés.

Nous passons le reste de l’après-midi ensoleillée sur une plage rose immaculée. Sans aucun doute la plus belle qu’il m’ait été donné de voir. Le sable rose et la mer bleue transparente se rencontrent au milieu de deux grands pics verdoyants, le décor est absolument unique. Cerise sur le gâteau, nous sommes les seuls à nous amuser dans l’eau, complètement isolés du reste du monde.

Nous terminons la journée au sommet de l’île de Padar. Qui n’a pas déjà admiré la vue à travers l’écran de son ordinateur ? Je peux vous l’assurer, aucune image ne rendra jamais justice à la beauté du paysage. Je vous laisse alors imaginer la joie et l’émotion que je ressens lorsque nous arrivons sur le plus haut point de la montagne.

Quand nous retournons à bord du bateau sur le dinghy, le soleil est déjà couché. Dans la baie tranquille, Adelaar est complètement illuminé.

Les yeux pétillants et le coeur léger

Liés d’une grande complicité après tous ces merveilleux moments passés ensemble, nous entamons déjà les derniers jours à bord du plus beau voilier au monde. Avec mes complices, il est temps d’enfiler nos BCD pour notre dernière exploration sous-marine. Le site de Little Angel se trouve sur la côte de l’île de Moyo et est, sans aucune hésitation, le meilleur du voyage. Dès les premiers mètres, je remarque que la visibilité est sans pareille. Nous pouvons aisément voir tout autour de nous jusqu’à 50 mètres. Alors que nous nageons le long d’un grand mur de coraux, des douzaines de bancs de poissons dansent dans le bleu, le spectacle est à couper le souffle. En me retournant vers le groupe, je peux voir que les autres sont aussi enjoués que moi. 
Si vous êtes un plongeur, vous savez qu’il n’est pas évident de communiquer sous l’eau. Heureusement, ces moments existent où il n’y a pas besoin de mots ni de signes pour partager quelque chose de magique.

Dauphin dans le parc national de Komodo à bord d'AdelaarLa fin d’un périple comme celui-ci ne pouvait être que spectaculaire… Sur le chemin du retour, l’incroyable se produit une nouvelle fois. Je profite de l’air frais du pont en fixant l’horizon, lorsque j’aperçois une silhouette sauter hors de l’eau. Quand je remonte jusqu’à la proue, après avoir appelé le reste du groupe, des centaines de dauphins entourent le bateau. Du moins c’est ce que nous croyons au début. Nous réalisons ensuite que la moitié des pélagiques sont en réalité des baleines-pilotes. Tous surexcités, nous décidons de faire demi-tour pour sauter à l’eau avec eux. Quelques minutes plus tard, ces précieuses créatures jouent sans effort sous nos pieds et nous les entendons même siffler. La scène est encore plus émouvante quand on sait que les dauphins expriment leurs émotions grâce aux sons et aux postures de leurs corps. Nos sourires ne nous quitteront pas du reste de la soirée.

Pour la dernière fois, je m’allonge sur mon lit et ferme les yeux, bercée par la houle. En repensant à tout ce que je viens de vivre, je prends conscience de la chance que j’ai. Je réalise également que chaque moment où la nature nous permet de rentrer en connexion avec elle est un cadeau. Un cadeau pour lequel je n’oublierai jamais d’être reconnaissante.

Je regagne la terre ferme avec un sentiment de bonheur qui ne me quittera pas pendant quelques jours et des souvenirs qui, eux, dureront toute une vie.

 

Morgane, professional learner